Renan Luce - Samedi 16 août

Jean-Baptiste Mondino
Mise à jour :
16/6/2014 à 11 h 09
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16/6/2014 à 11 h 09
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Quatre ans séparent D’une Tonne… du Clan des Miros, son prédécesseur. A l’issue d’une longue tournée qui l’aura vu arpenter les routes de France et d’ailleurs, à la rencontre d’un public toujours plus nombreux, Renan Luce avait finalement décidé de s’accorder un break – une première dans sa carrière d’artiste couronnée d’un phénoménal succès depuis ses débuts avec Repenti (2006). Sorti de la frénésie de ces deux premiers albums, Renan aura pris le temps de se poser. De se construire un studio d’enregistrement, «mon lieu à moi, entre cocon et fantasme adolescent», explique-t-il, dans un coin de Bretagne où il a ses repères… De devenir père, aussi. Après, seulement, est revenue l’envie de composer.

En pointillés, d’abord, parce que «l’écriture est un muscle, et que quand on ne pratique pas…» Des points de suspension qui cachent alors leur lot d’interrogations : « J’avais envie de progresser, d’évoluer. Que les mélodies soient plus travaillées, que mes rimes soient les plus riches possibles. J’ai commencé par me poser beaucoup de questions… Peut-être trop.» De cette période de profonde remise en cause, doublée d’une pratique introspective et quasi obsessionnelle de la guitare, naîtra un premier titre, le bien nommé “Courage” : sur des frondaisons folk nourries par son art consommé du picking, Renan y interpelle sa muse, laquelle joue encore à cache-cache : « Courage, je t’écris / Ça fait fait longtemps qu’ta p’tite gueule / M’a laissé un peu seul / Tu me manques ces temps-ci…»

A une époque où il confie «ne pas parvenir à se lâcher», le texte pose le décor de ses incertitudes. Un providentiel voyage sur les bords du Mississippi mettra un terme aux doutes lancinants en substituant l’action à la réflexion, et la spontanéité aux impossibles calculs. Composé au retour de ce salutaire périple, “Voyager” agit comme un déclencheur et ouvre, en même temps que ce troisième album, le champ des possibles : « Ce titre m’a rendu philosophe, ajoute l’intéressé. Aux fausses questions, j’ai préféré l’instinct. Après cette chanson, j’ai écrit trois morceaux en quatre jours, ce qui ne m’était jamais arrivé.»

D’emblée, Renan Luce récuse la redite et impose, sans effort, un autre ton, une demi-mesure tout en finesse et en déliés. D’une Tonne à un tout petit poids, c’est aussi l’occasion pour son auteur-compositeur de promener son talent en toute liberté, de la chanson à la pop, du folk à la pompe qui lui est chère, sans jamais perdre de son homogénéité. Au fil des dix titres, il cisèle des histoires faites d’inattendu (“La Boîte”), évoque des rencontres imprévues (“Amoureux d’une flic”, “J’habitais là”) ou grave dans l’écorce du vécu des motifs très personnels (“Les Secrets chuchotés”)… Quitte à se laisser aller à la mélancolie, «cette tristesse qui fait du bien» selon des propres dires, dans un “Réponse à tout” où il évoque sa relation à sa fille : «elle aussi sera partagée par ce spleen contre lequel on ne peut rien, mais qui fait la richesse de nos vies.»

Pour mettre en boîte ce catalogue d’émotions, Renan a fait appel au Suédois Peter von Poelh, orfèvre des pulsions organiques et des humeurs entrelacées : « J’avais besoin d’un compère dans ce processus créatif, quelqu’un qui m’aide à mettre le doigt sur ce que je cherchais. Peter est quelqu’un de très à l’écoute, il ne fait aucune concession : son exigence rassure.»

Epaulée par une formation resserrée (Fred Jimenez à la basse, Ludwig Dahlberg à la batterie), la paire transforme les quelques jours initialement dédiés aux maquettes, dans le studio breton de Renan, en une session complète d’enregistrement : « En une semaine, l’ossature de l’album était prête. Tout coulait de source, c’était magique : dès les premières prises, il y avait une vraie complicité entre nous, une spontanéité qu’on retrouve dans l’album, quasiment réalisé live.»

Quelques claviers et cuivres enregistrés au studio Vogue (Paris) par Martin Hederos viendront encore le réchauffer ; le guitariste Ludovic Bruni, déjà présent sur les précédents opus de Renan, apposera aussi ses efficaces riffs sur une poignée de titres… Mixé par Romain Clisson, D’Une tonne à un tout petit poids joue les grands explorateurs du sensible en même temps qu’il s’adonne à la découverte de nouveaux terrains de jeux. Une conquête sans artifices que résume bien “Appelle quand tu te réveilles”, sémillant premier extrait dévoilé sur les réseaux sociaux début février, et auquel le public a adhéré d’instinct… 

Grand spécialiste des émotions pour l’éternité, Renan Luce réussit, avec D’Une tonne à un tout petit poids, le pari d’une chanson sensible et en apesanteur.

Spectacle payant.

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