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CULTURE
De son mariage avec le baron Camille Dudevant, George Sand (Aurore Dupin, de son véritable nom) a deux enfants, Maurice puis Solange. Sa famille hérite ainsi de plus de cent manuscrits et de milliers de lettres, qui seront en partie vendus à des collectionneurs (Charles de Spoelberch de Lovenjoul étant le plus acharné : sa collection se trouve désormais à l’Institut de France), en partie donnés à des institutions patrimoniales comme la Bibliothèque historique de la ville de Paris.
Quelques manuscrits échappent cependant à la dispersion et se trouvent encore au château de Nohant lors du décès d’Aurore Lauth-Sand, petite-fille de l’écrivaine, en 1961. Légués à l’État, ces archives et papiers de la famille Dupin sont désormais déposés aux Archives départementales de l’Indre. Parmi ce dépôt se trouvent quatre manuscrits autographes de George Sand écrits entre 1872 et 1874, dont trois contes qui seront publiés dans le dernier recueil de l’autrice, Les Contes d’une grand-mère.
Grand-mère, raconte-nous une histoire...
George Sand a laissé dans l’imaginaire collectif l’image d’une femme émancipée, engagée politiquement et ne craignant pas d’apparaître en public en costume masculin. Elle ne peut effectivement se contenter d’une vie tranquille de femme au foyer, mais elle cultive néanmoins la fibre maternelle et s’attache énormément à ses petites-filles, d’abord Jeanne, fille de Solange décédée à l’âge de 9 ans, puis Aurore et Gabrielle, nées respectivement en 1866 et 1868 de l’union de Maurice et Lina Calamatta. « Ma passion dominante, en somme, c’est mon Aurore », écrit-elle dans une lettre à Gustave Flaubert. « Ma vie est suspendue à la sienne… C’est ma vie et mon idéal que cet enfant ».
Installée au domaine de Nohant, elle s’investit dans l’éducation de ses deux petites-filles, leur écrivant des contes « fantastiques » à des fins éducatives. Ainsi Les Ailes du courage invite les enfants à dépasser leurs faiblesses et leurs peurs pour trouver au fond d’eux le courage qui leur donnera confiance en eux. On retrouve entre les lignes de la dédicace le rituel de l’histoire racontée par l’aïeule, qui se plie aux souhaits des enfants : « Aurore a demandé que la scène se passât dans un lieu remarqué par vous durant vos voyages » ; le conte se déroulera donc en Normandie. La grand-mère tient cependant à ce que son récit, tout en émerveillant les petites, soit didactique : « Vous voulez du merveilleux dans mon récit. Il y en aura un peu, mais c’est à la condition qu’il y aura aussi des choses vraies que tout le monde ne sait pas et que vous ne serez pas fâchées d’apprendre ». George Sand aime manifestement participer à l’épanouissement de ses petites-filles, tant en enrichissant leur vocabulaire qu’en partageant avec elles sa passion pour les sciences naturelles : « La nature est une mine de merveilles, mes chers enfants, et toutes les fois qu’on y met tant soit peu le nez, on est étonné de ce qu’elle vous révèle ».
Il transparaît également dans ces contes la volonté de laisser à ses petites-filles un héritage qui les accompagnera sur le chemin de la vie, et une preuve tangible de son amour pour elles. « Ma chérie », écrit-elle à Gabrielle dans la dédicace du Nuage rose, « ayant déjà dédié un conte à ta sœur aînée, je veux te dédier celui-ci. Tu ne sauras le lire que l’année prochaine, mais Aurore te le racontera dès à présent. Pourtant, l’année prochaine, il y aura encore bien des mots dans ce conte que tu ne comprendras pas très bien. C’est ta sœur qui te les expliquera, car si je vous fais ces contes pour vous amuser, je veux qu’ils vous instruisent un peu […]. Quand toutes deux vous comprendrez tout à fait sans qu’on vous aide, je n’y serai peut être plus. Souvenez-vous alors de la grand-mère qui vous adorait ».
Aurore restera à jamais imprégnée de cet amour et contribuera sans relâche à promouvoir l’œuvre de George Sand. C’est grâce à elle que le public peut aujourd’hui visiter le domaine de Nohant et retrouver, aux Archives départementales ou sur leur site internet, les manuscrits de contes que sa grand-mère lui narrait durant son enfance.
Retrouvez les manuscrits de George Sand sur le site des Archives départementales de l'Indre.