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Art

Lucette & Santana Alcala

Au service de l'art. 2 artistes au parcours différents, une sensibilité identique.

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Lucette : l'art au service des autres

La rencontre avec Lucette se déroule dans son "Shop", dont l'ambiance évoque un cabinet de curiosités où l'art se mêle à la science, des croquis de coupes de plantes, quelques animaux naturalisés et dans un coin du salon, caché derrière un brise-vue opaque, l'espace où Lucette donne vie à son art, le tatouage.

Après un parcours dans les arts plastiques, puis dans l'art-thérapie, c'est un véritable coup de foudre pour le tatouage qui vient bousculer sa trajectoire. Tout commence à Châteauroux, dans le salon de Denis Giraud, son mentor, qui lui propose de la former. « J'arrivais avec des croquis et lui les retravaillait pour les adapter en tatouage. » Les premiers essais, elle se les fait
d'ailleurs à elle-même, avant de passer à quelques amis, sur qui elle réalise ses premiers projets. Une période qu'elle décrit comme éprouvante, « c'était compliqué à cause de mon empathie, je me mettais une pression énorme. Dans le tatouage, on n'a pas le droit de se rater. »

Le trait de Lucette est immédiatement reconnaissable, des lignes fines, des couleurs douces, un goût affirmé pour le végétal et l'animal. Un style qu'elle résume elle-même par un mot : l’hybridation. « Je pense que mon style se qualifie par ce terme, car avant de tatouer, j'étais déjà dans le mélange des styles. Avec mon apprentissage auprès de Denis Giraud, j'ai mélangé son approche du tatouage et la mienne du dessin pour créer mon propre style. »

Au-delà de la technique, c'est une approche profondément humaine qui définit le travail de Lucette. Ce qui compte pour elle, c'est avant tout l'histoire de chacun. « Ce qui m’intéresse, au-delà du tatouage, c'est l'histoire, leurs inspirations, ce qu'ils veulent raconter. Je dis souvent que je mets mon savoir-faire au service de leur tatouage, c’est ce qui explique la diversité de mon style. »

Depuis peu, Lucette a lancé son propre podcast, Le Bestiol’Show, un rendez-vous mensuel à la rencontre de différents tatoueurs, pour aborder des sujets que le grand public ignore souvent autour de cet art. « Mon but, c'était de trouver un autre moyen de parler du tatouage, autrement qu'à travers le résultat lui-même et donc de parler des gens qui se cachent derrière chaque tatouage. »

Je suis très curieuse à l'idée de m'associer à Santana des collaborations. Sa personnalité artistique, un peu touche à-tout, m'intéresse beaucoup et je lui souhaite vraiment de continuer à être aussi curieux et polyvalent, ça et ça enrichit le travail. Ça me donne vraiment envie rencontrer.

Santana Alcala : l'art au service de l'héritage

La rencontre avec Santana se fait dans son atelier, dont un mur est recouvert d’une grande baleine, dessinée puis collée par l’artiste plasticien. Une entrée en matière à l’image de son univers.

Issu de la culture Hip-Hop, Santana dessine depuis toujours et n’a cessé, au fil des années d’explorer de nouvelles façons de créer. « Au début, je faisais de la bombe. Puis j’ai beaucoup travaillé au pinceau, pour réaliser des collages ou peindre directement sur différents supports. Et depuis peu, je me suis mis à la sculpture. »

Artiste, graphiste, mais aussi jardinier paysagiste, Santana revendique cette approche plurielle. Derrière cette diversité de pratiques se retrouve pourtant un même fil conducteur, celui de raconter, transmettre et donner du sens à ses créations. Son travail s’intéresse notamment à la mémoire des lieux, des métiers et des êtres vivants.

« J’ai travaillé sur la mémoire des ouvriers en réalisant des collages dans des usines abandonnées. J’ai aussi créé des œuvres pour sensibiliser aux espèces en voie de disparition, ou encore autour de la destruction récente de bâtiments des quartiers Saint-Jacques et Saint-Jean, à Châteauroux, où j’ai grandi. »Chez Santana, l’art devient ainsi une manière de garder une trace. Une façon de faire dialoguer le passé avec le présent.

Plus récemment, son univers a trouvé une place dans l’espace public. À Arthon, il a notamment réalisé une fresque à proximité de la boîte à livres. À Châteauroux, trois nouveaux portraits sont venus investir les murs de la ville, ceux d’Albert Camus, Jean Moulin et Alphonse de Lamartine.

Des figures historiques que Santana aime particulièrement mettre en lumière. « J’adore faire ces portraits et l’idée de recouvrir des murs immaculés avec de grands portraits de personnages historiques. Cela me demande de faire évoluer mon art, avec un style qui s’adapte à la demande, mais aussi à ma manière de traiter le sujet. Et puis, c’est important pour les jeunes de savoir de qui tient le nom leur école. »

À travers ses portraits comme dans ses collages ou ses fresques, Santana poursuit finalement une même démarche, celle de créer du lien. Entre l’art et le territoire et entre la mémoire et le présent.

Ce qui m'a tout de suite parlé dans ton travail, c'est que certains de tes tattoos donnent l'impression d'avoir été dessinés avec les feutres fins que j'utilise moi-même. Et je suis particulièrement sensible à tous ceux autour des animaux, un sujet que j'aime beaucoup dessiner et sur lequel j'ai pas mal travaillé.

On partage finalement ce même point de départ qu'est le dessin, même si nos supports sont très différents, toi sur la peau et moi sur d'autres matières et formats.

Je te souhaite plein de belles choses pour la suite, et j'espère qu'on aura l'occasion de se croiser un jour et d'échanger autour de nos univers.